jeudi 21 février 2013

Nabucco & Alceste!


Nabucco mardi au Pin Galant nous a laissé un mauvais souvenir:
Le spectacle commence devant un rideau fermé. Il n'y a rien à voir alors les musicos de l'ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE PLEVEN / BULGARIE  jouent,  avec en fond sonore les bruits de plomberie des entrailles aériennes du Pin Galant, tandis que nous attendons les SOLISTES ET CHŒURS DE LA COMPAGNIE LYRIQUE OPERA 2001 pour 45 minutes lyriquement audibles  mais esthétiquement pénibles à cause de l’envahissant décor horizontal qui gène la fluidité des déplacements.
Puis, rideau de nouveau pour 15 minutes d'entracte nécessaires à l'installation d'un décor de kermesse en papier chocolat. Encore 45 minutes avec une mise en scène de spectacle de fin d'année scolaire (gestuelle grotesque d' Abigaël (ou Abigaille j'sais pas) trouvant le parchemin lui révélant ses origines, entre autres) puis 15 minutes d'entracte de nouveau dont nous profitons pour aller boire un coup et regagner nos pénates mort de rire.
Tant pis pour le chœur des esclaves et le "Va pensiero".

Alceste par contre est un tendre et jubilatoire divertissement.
Porté par une vraie mise en scène, les textes de Molière dit par Lucchini et Wilson dans le décor naturel autour d’Ars en Ré et St Martin enchantent les sens de l’ouïe et de la vue.
Quand aux dialogues……

Lambert : « Serge, tu es zincroyable….
Fabrice : -comment ?
Lamb :-Tu sors du garage, tu démarres au quart de tour …!
Fab :- ce n’est pas moi, c’est Alceste.
L :- Tu ES Alceste, tu es une Rolls !
F : -oui ben j’te conseille pas de venir vérifier si j’ai l’intérieur cuir ! »
(Bon, cette réplique n’est pas dans le film, c’est ma touche personnelle !)

Serge/Fabrice Lucchini acteur reclus, ours mal léché, misanthrope et naufragé volontaire sur l’île reçoit la visite surprise de Gauthier Valence/ Lambert Wilson acteur de téléfilms à succès et ami porté disparu dans le souvenir de Serge.
Gauthier compte sur le come back de Serge pour « monter » la pièce à Paris.
Commence une négociation dont l’enjeu tacite est la distribution du rôle titre durant les répétitions improvisées où s’affrontent les égos.
Ils sont alternativement Alceste ou Philinte selon le sort qui se décide à pile ou face à chaque répétitions.
Dans l’élégance des mots de Molière, les répliques du duo sont des épées de duel qui s’entrechoquent comme les concessions  et les flatteries de Wilson quand il est Philinte  et les humiliations condescendantes de Lucchini quand il est Alceste. 
Escarmouches, verve, étincelles, piques d'un jeu de dupe où les amis croisent le fer de l’ironie, Wilson dans l’attente d’un accord de Fabrice qui ne viendra pas.
Dans l’art de la comédie, comme dans l’amitié ostentatoire au quotidien des deux amis, les personnages de la pièce sont à l'instar de leurs véritables personnalités glissant dans les abysses de la dualité. C’est dans les travers de chacun que la sincérité affleurera  et que l’amour de la scène inhibera la haine des hommes chez l’atrabilaire et misanthropique Serge. N’est-ce pas  dans nos défauts que nous sommes profondément nous ?
L'attachante Maya Sansa, le personnage féminin dans le rôle de Francesca n’est pas Célimène pourtant c’est sa présence qui décidera du sort de l’amitié, de la pièce et du final de ce scénario habile et pétillant.
…..Qui nous décidera à charger les kayaks sur la galerie et les biclous sur le porte vélo de la bagnole  et passer le pont et le week-end du coté de Trousse-chemise. 

mardi 19 février 2013

Bouteille à la mer.


Dans l'édition de ce matin  de Sud-Ouest une nouvelle fraîche du 7 février:
"Daniel Sempiana, un Landais de Biscarrosse (Landes), a retrouvé le 7 février dernier sur la plage de la Lagune, à La-Teste-de-Buch (Gironde), une bouteille qui avait été jetée trois ans plus tôt par une Américaine de Knoxville (Tennessee) en vacances sur l'île de Bimini, aux Bahamas.
Grâce à Internet, Daniel entretient depuis ce jour une relation épistolaire inédite avec Kimberly."

Allez on fait comme tout le monde on va chercher sa bouteille à la mer.


Faste soirée ! « Dévasté de la cave au grenier », un trou béant à la place du cœur, j’ignorais qu’il me restait de l’espace pour la chance. En solo, ce qui enlevait 50% du charme, j'avais enfin aperçu le rayon vert que je cherchais depuis le siècle dernier.

Peut-on lutter contre le hasard? 

Hasard ou coïncidence, je fredonnais justement "Message in a bottle" à l’instant où j’aperçu la bouteille pensant à la nécessaire et double mise à jour: Référencé par Rohmer 86 pour le ciné et Sting 79 pour la variète, mes sources risquaient de dater pour toucher mon cœur de cible : La rencontre absolue organisée par sa majesté le destin.
Une rencontre du niveau Kevin Costner/Robin Wright dans le film éponyme avec la puissance exaltée vue dans  "Sur la route de Madison", "L'affaire Thomas Crown","Le facteur sonne toujours deux fois"ou "Out of Africa".
C'était sûr: une Robin Wright/Meryl Streep/Renée Russo/Faye Donnoway/Jessica Lange disponible attendait dans cette bouteille. En crise de foi sur les sentiments et en manque d'affection depuis trop longtemps, je creusais au trente sixième dessous dans l’underground des vils besoins et, sans la noblesse luxueuse du désir, Eva Mendès aurait comblé les miens.
D’autres morts de faims attendaient le flacon rempli de rêves, pointant son goulot ceint d’écume au sommet de la vague dans une baïne qui retardait son échouage.
A l’instar du soleil entrant dans la mer je me suis jeté à l’eau pour griller la concurrence à la rencontre de mon convertisseur de fantasme. L’entrée dans la flotte glacée de l'Atlantique à Lacanau un soir de février n’eut pas le même effet que celui de l’astre. Au coucher du soleil, les conditions  d’humidité  et de température requises pour l’effet "rayon vert" sont assez rarement réunies un peu comme celles permettant la lucidité-trop-tard chez moi.
La mer m’a dit poliment: « Bonjour, je suis la réalité! » Tant qu’elle y était elle m’a donné, comme peu de femmes le font, l’heure et sa température:
H :17.58/8°. 
« -Tu es dans une baïne et je vous emporte au large toi et ta pourvoyeuse de promesse »poursuivit-elle, glaciale.
Toute résistance est inutile dans cette spécialité locale: 
une baïne est une cuvette formée par la marée qui se remplit à quelques mètres du rivage et se vide au large. 
On « a pieds » puis soudainement on part en tourbillonnant vers l’horizon comme un poil dans un lavabo dont on a ouvert la bonde. Il ne faut pas s’épuiser à lutter et attendre le ressac qui te ramènera au bord. En été tu peux décrocher le 06 d’un MNS musclé qui t’as sauvé de la noyade si t’es une fille.
Emporté par la foule houle, la bouteille-à-la-mer-à-la-main je maintins la tête hors de l’eau tandis que je spéculais sur son contenu par forcément romantique. Les désespérés sont sur Meetic mais un mannequin solitaire confie exceptionnellement sa prose à l’océan. Dérivant depuis 1630 des Caraïbes, elle pouvait contenir une carte aux trésors d’un frère de la côte ou, venues des îles Caïmans, le RIB du compte numéroté d'un flibustier du 21ème. En provenance des states, ce pouvait être un bon d’achat pour un fusil d’assaut.
La température me paralysait lentement mais sûrement et je révisais à la baisse mes spéculations en économisant les battements indispensables à la flottaison sans lâcher le messager de verre. Au lieu de rivages lointains cette missive, si elle existait, pouvait très bien avoir suivie le cours hésitant de la Palue, traverser lentement sur le clapot le lac de Lèon et, portée par le courant d’Huchet, rejoindre l’océan à Moliets et caboter le long de la côte jusqu’à Lacanau. Si je rejoins vivant la plage ne vais-je pas découvrir à l’intérieur une recette de confit de notre Maïté, la matrone de Rion-des Landes?
Mettons fin à ce mauvais suspense : pas de noyade puisque je suis au clavier.
J’avais pas mal dérivé vers la plage nord, déserte assez loin du Kayock plus fréquentable. Naufragé temporaire, désorienté, titubant je me laissai prendre entre les mâchoires de l’épuisement et de l’hypothermie le temps de dégurgiter l’eau salée. Ma conscience au ralenti se battait contre la somnolence pour me sortir de l’étau du froid.
Il me fallait encore ouvrir la fameuse bouteille.
De belle facture, un long col,  le fond piqué lui faisait un culot concave, mais le vert très sombre de sa robe et l’obscurité rendait chimérique l’examen de son contenu et le bouchon de liège dilaté par un séjour dans l’eau difficile à estimer et impossible à déboucher.
Il me fallait la briser.
J’empoignais un galet que j’entourais d’algues pour éviter les éclats et en fit l’usage d’un marteau.
La forme bleue qui en jaillit était facile à identifier pour qui connait son Walt Disney par cœur : le génie de la lampe d’Aladin en personne.
Il rouscaillait en se massant le crane de la bosse que je lui avais faite avec mon galet.
De mauvaise grâce et pour se mettre en conformité avec les contes des mille et une nuits, il me proposa trois vœux.
Ça sentait l’arnaque !
J’attendais de mon investissement natation une adresse et le prolongement d’une rencontre épistolaire et plus si affinités. Sans compter que j’avais du mal à croire au pouvoir d’un gars incapable de sortir d’une bouteille par ses propres moyens et c’est dans la défiance que je lui demandais :
·       un véhicule pour rentrer en ville,
·       L’itinéraire,
·       Et un peu de chaleur humaine.
J’ai obtenu :
·       Un vélo,
·       Une boussole,
·       Une polaire.
On ne peut pas lutter contre le hasard et les coïncidences et à l’avenir je me contenterais du rayon vert et laisserais les bouteilles à la mer !

mercredi 13 février 2013

Variation sur solitude.


".....Je n'aimais pas ce que nous étions en train de devenir......"
Alors, comme au Far-West, j’ai tiré le premier. Mon imaginaire s’est embarqué pour Cythère à bord  d’un roman à la guimauve et, de rencontres épistolaires en rencontres tout court, j’ai touché terre sur les rives de l’adultère.
Du statut de maître de son monde j’étais devenu  l'illusionniste qui lui avait volé sept ans de vie.
Elle a repeint sa chambre tout en blanc avec un peu de vert.
« -Tu le sens le symbole, imbécile ! » me dirent en cœur toute mes voix intérieures :
Elle avait besoin de clarté, de propreté et d’un peu d’espoir. Elle sentait l’avenir à mes cotés s’emplir d’incertitudes au crépuscule de ses quarante ans et elle n’avait pas trop envie d’oublier pour encore, tout recommencer. 
Mais c’était la seule solution.
S’ensuivît une cohabitation amicale. À elle la chambre du fond, à moi la mezzanine !
Colocataire opportuniste j’attaquai la traversée du désert d’une morne plaine à la lisière du  "plat pays".
« avec la mer du nord pour dernier terrain vague
et des vaques de dunes pour arrêter les vagues »
avec l’attitude veule du traître sur le chemin de la rédemption,
avec le sombre calcul d’un pardon tacite dicté par les hormones,
avec de noirs clochers comme mats de cocagne,
avec le  ciel de mon espoir si bas « qu’un canard c’est perdu ».
Tandis que je m’aplatissais, elle prenait du relief. 

Le temps apporta une réponse tombée du ciel et l’avenir eu soudain un visage....

L'opportunité sœur du hasard fut la variable inconnue dans mon scénario original!
J'ai vu ses yeux se remettre à briller et ce n’était pas grâce à moi!
Banalité extraordinaire d'une intersection avec un autre désespéré.

Je n'ai rien dis: j'avais perdu toute crédibilité avec ma théorie du personnage de transition.  
La panique s'est installée, noctambule, excitant des réflexes primitifs d'ex propriétaire d'Elle qui savait se donner sans s'aliéner.

Puis, faisant le tri entre les blessures d'égo et d'orgueil, j'arrive invariablement à ce grand A:
J'écrivais pour elle à d'Autres et dans l'Ailleurs ce que je ne savais lui dire dans l'Ici et le Maintenant.

L'aimer se résumera désormais dans ma capacité à accepter sans rébellion qu'elle soit heureuse sans moi.

L'important n'est-il pas qu'ils brillent encore, ses yeux noisette? Fermant les miens je subis, lâche et misérable, les images impudiques du pouvoir pornographique d'une femme pour rendre un homme dépendant le temps que l'amour s'installe.


Je passe assez rapidement de l'état de colocataire à celui de loque à terre. D'avoir dupé Dieu autant que Satan il m'était devenu impossible de prier. Elle m'avait rendu heureux sept ans durant et je n'avais à lui opposer que des histoires de tube dentifrice mal rebouchés et de brosses à cheveux qui traînent, moi qui suis dégarni, qui me rendirent aigri d'être son domestique tandis qu'aujourd'hui je serais prêt à ramper pour qu'elle reste.
"- Genre : "Si tu reviens j'arrête tout"? Ironise Arnaud Stalgie.
- ça risque de donner: "casse-toi pov' con" rétorque Alex Cessif.
- Il y a peu de chance, elle ne maîtrise pas ce langage présidentiel, conclu Tom B. Dunid."

Ainsi,  l'idée de la régression m'a assez vite quittée.

Finies les nuits magiques, la porte des étoiles était bel et bien celle de la chambre du fond!

Le ciel s'est fait menaçant comme l'avenir. Souvent, quand ça craint, je sors ma meule et je fuis. Je suis parti à moto vers mes origines campagnarde. Rentrant la tête dans les épaules, je me suis glissé entre le ciel et l'horizon et j'ai quitté l'autoroute vers une départementale pour aller prendre des nouvelles de la nature.
Il me fallait le calme d'un étang et la chaleur d'un bois.

Je me souvins de ces yeux noisette qui me donnèrent envie d'être un écureuil....
"- on ne quitte pas impunément un 95 C susurre la luxure.
- ta bouche, Luc."
Dans la vraie vie on peut s'évader et revenir indemne ou intègre d'une permission de sortie mais il est impossible de se débiner.
Quoique!
Alex a remisé la moto et s'est allongé dans la noirceur de cette nuit blanche et inter-minable. A l'heure du "Midnight express", un somnambule suicidaire nommé Hank Kholer est allé marcher dans la nuit avec un solde de haine et une grosse envie de fighter un imbécile qui serait moi.
J'avançais comme un bourrin mes 58 balais bien travestis sous une casquette à visière avec mon format jockey et mon sweat à capuche finissant le dernier jour de mon âge.
Je n'ai pas vu tout de suite la Ford Mondéo blanche qui me suivait au pas. 
C'est quand elle a fait marche arrière pour me dévisager que j'ai aperçu les quatre malfrats à l'intérieur.
Quatre! Ça tombait bien, j'avais faim.
Je me suis approché en hochant du menton comme une bonne racaille. Genre De Niro dans "Taxi driver":
"-are you talking to me?" Il y avait un zombie au volant et, à l'arrière, un roumain avec des menottes entre deux mal rasés.  Le plus patibulaire a montré sa carte tricolore à travers la vitre et m'a demandé mes papiers.
Coup de bol, j’étais tombé sur des flics en civils et j’avais mes papiers. C'est comme ça que l'on a évité "la bavure".
Le ridicule ne tue pas ....encore!

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